Guide cession de fonds de commerce
Comment reprendre un commerce sans apport ?
Mis à jour le par l'équipe Je Vends La Boutique
En bref
Reprendre un commerce sans aucun apport est rare, car les banques demandent en général 20 à 30 % du prix, mais on peut constituer cet apport sans épargne personnelle : prêt d'honneur à taux zéro des réseaux d'accompagnement, crédit vendeur consenti par le cédant, capitalisation des allocations chômage, ou entrer d'abord en location-gérance avec une promesse de vente pour acheter plus tard. La combinaison de plusieurs de ces leviers permet des reprises avec un apport personnel très réduit.
Pourquoi les banques exigent un apport
Le prêt qui finance une reprise de fonds de commerce est remboursé par les bénéfices de l'affaire, sur sept ans le plus souvent. La banque veut que le repreneur partage le risque et dispose d'une trésorerie de départ pour les premiers mois. Elle attend donc un apport, dont le niveau varie selon le secteur, la rentabilité et le profil du candidat. La fourchette de 20 à 30 % du prix, fourchette indicative, est la plus souvent citée ; elle peut descendre pour un bar tabac ou une boulangerie rentables, et monter pour une activité jugée risquée ou pour un repreneur sans expérience du métier.
L'apport ne doit pas nécessairement venir de votre épargne. Ce qui compte pour la banque, c'est que ces fonds soient à votre disposition et non remboursables à court terme. Plusieurs dispositifs produisent exactement cet effet.
Le prêt d'honneur : un apport prêté à taux zéro
Les réseaux Initiative France et Réseau Entreprendre accordent des prêts d'honneur personnels, sans intérêt ni garantie, remboursables sur trois à cinq ans. Leur montant va de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d'euros selon le réseau et le projet. Ils sont versés à la personne, pas à l'entreprise, et sont considérés par les banques comme des quasi-fonds propres : chaque euro de prêt d'honneur facilite l'obtention de plusieurs euros de prêt bancaire. L'accompagnement du réseau (comité d'agrément, parrainage) rassure aussi le banquier. Les chambres de commerce et les plateformes locales orientent vers le bon interlocuteur.
Le crédit vendeur : le cédant finance une partie du prix
Le cédant accepte que 10 à 30 % du prix, fourchette indicative, lui soient réglés de façon échelonnée, sur deux ou trois ans, avec ou sans intérêts. Pour la banque, cette part n'est pas à financer, et elle témoigne de la confiance du vendeur dans la solidité de son affaire. Pour le vendeur, c'est un moyen d'élargir le cercle des repreneurs possibles et de mieux vendre. Le crédit vendeur est garanti dans l'acte, par exemple par un nantissement du fonds, et le vendeur peut bénéficier d'un étalement de l'imposition de sa plus-value correspondante. Proposez-le dès le premier échange : beaucoup de vendeurs n'y pensent pas mais l'acceptent.
La location-gérance avec promesse de vente
Plutôt qu'acheter tout de suite, vous exploitez le fonds en location-gérance contre une redevance, avec une promesse de vente à prix fixé exerçable dans deux ou trois ans. Pendant cette période, vous vous constituez un historique d'exploitation qui prouve votre capacité à faire tourner l'affaire, vous épargnez, et une partie des redevances peut s'imputer sur le prix. Les banques financent bien plus volontiers un gérant qui présente deux bilans qu'un candidat sans expérience. Le fonctionnement complet est décrit dans notre guide location-gérance ou vente.
Les aides publiques et la capitalisation du chômage
Plusieurs dispositifs renforcent l'apport ou la trésorerie de départ d'un repreneur.
- L'ARCE : un demandeur d'emploi indemnisé peut percevoir une fraction de ses droits restants sous forme de capital, versé en deux fois, à la création ou à la reprise. C'est souvent l'apport principal des repreneurs en reconversion.
- L'ACRE : exonération partielle de cotisations sociales la première année, qui allège la trésorerie.
- La garantie Bpifrance sur le prêt bancaire de transmission, qui couvre une partie du risque de la banque et facilite l'accord, sans remplacer l'apport.
- Le microcrédit professionnel de l'Adie, pour les petits projets et les personnes exclues du crédit classique.
- Les aides régionales à la reprise, variables selon les régions et les secteurs, parfois sous forme de subvention ou de prêt à taux zéro.
- Le prêt brasseur, pour les bars et restaurants : un fournisseur de boissons finance une partie du matériel ou du fonds contre un contrat d'approvisionnement exclusif de plusieurs années. Lisez bien les conditions de volume et de durée.
Les leviers côté vendeur et côté prix
Un repreneur sans apport a intérêt à viser des affaires où le financement est plus simple : prix modéré par rapport à la rentabilité, matériel récent qui évite un investissement immédiat, bail long et loyer raisonnable. Les commerces mis en vente par des exploitants partant à la retraite sont souvent ouverts au crédit vendeur et à un accompagnement de quelques semaines après la reprise, ce que les banques apprécient. Un salarié qui reprend l'affaire de son employeur cumule ces avantages : il connaît l'exploitation, et le vendeur a confiance.
Négociez aussi ce qui est compris dans le prix : reprise du stock au fil de l'eau plutôt que payé d'un bloc, matériel loué plutôt qu'acheté, prise en charge de travaux par le bailleur contre un engagement de durée. Chaque euro non financé est un euro d'apport en moins.
Construire un dossier bancaire solide
Sans apport, le dossier doit être irréprochable : un prévisionnel sur trois ans fondé sur les bilans réels du cédant, un plan de financement qui montre d'où vient chaque euro, votre expérience du métier ou une formation, et l'accompagnement d'un réseau. Présentez le dossier à plusieurs banques, y compris celle du cédant, qui connaît déjà l'affaire. Un refus n'est pas définitif : demandez les raisons, corrigez, revenez. Pour repérer les affaires à reprendre, parcourez les annonces par secteur et par département, et créez une alerte pour recevoir les nouvelles annonces correspondant à votre projet.
Questions fréquentes
Quel apport minimum pour reprendre un bar tabac ?
Il n'y a pas de minimum légal. Les banques demandent souvent 20 à 30 % du prix, parfois moins pour un tabac rentable, car la demande est forte et le risque jugé faible. Le prêt d'honneur et le crédit vendeur peuvent constituer une bonne part de cet apport.
Le prêt d'honneur est-il un don ?
Non, c'est un prêt personnel à taux zéro, sans garantie, à rembourser en général sur trois à cinq ans. Il est considéré comme un apport par les banques parce qu'il est apporté par vous à l'entreprise et n'est pas exigible à court terme.
Puis-je utiliser mes allocations chômage pour reprendre un commerce ?
Oui, par l'ARCE, qui verse une partie de vos droits restants sous forme de capital, ou en conservant le versement mensuel de vos allocations pendant le démarrage sous conditions. Le choix se fait auprès de France Travail avant la reprise.
Le vendeur peut-il refuser un crédit vendeur ?
Oui, c'est une négociation. Beaucoup l'acceptent quand il porte sur une part limitée du prix, est garanti par un nantissement et permet de conclure la vente plus vite. Proposez une durée courte et un taux d'intérêt pour le rendre attractif.
La location-gérance permet-elle de devenir propriétaire du fonds ?
Seulement si le contrat prévoit une promesse de vente. Sans cette clause, le gérant restitue le fonds à la fin du contrat sans aucun droit. Faites inscrire dès le départ le prix et le délai d'exercice de l'option.
Sources
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